Haingosoa de Edouard Joubeaud

 

 

 

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Description

Une réussite incontestable, couronnée par le prix du meilleur film au Festival international de Harlem.

Longtemps les films gasy n’ont obtenu qu’un succès confidentiel de la part des nostalgiques membres de la diaspora, et des aficionados de la Grande Île. Ce temps est révolu depuis que Laterit Production a fait ses premiers pas dans l’industrie du cinéma malgache. Certes, la route vers les Oscars n’est pas terminée. Mais Haingosoa d’Edouard Joubeaud nous en rapproche.

Un grand soin apporté aux images et au son

Comme dans les productions précédentes, du beau Mahaleo de César Paes au Fahavalo, Madagascar 47 de Marie-Clémence Andriamonta-Paes, en passant par Ady Gasy de Lova Nantenaina, les moyens employés par Edouard Joubeaud respectent les standards internationaux. C’est une question de matériel, mais aussi de talent et de culture. La musique nous transporte tout au long du film et structure la thématique principale. L’héroïne, fille du célèbre musicien-danseur Remanindry quitte sa province natale, Tuléar, pour se faire de l’argent dans la capitale en tant que danseuse tandroy (l’ethnie de son père, reconnue nationalement pour ses talents). A Antananarivo, nous sommes plongés dans un carrefour musical, entre le tandroy, les compositions du musicien Dadagaby et la jeune chanteuse de Ba Gasy Voary.

Des personnages malgaches authentiques

Le génie d’Edouard Joubeaud consiste (aussi) à faire de son petit budget une contrainte créative féconde. Les acteurs jouent leur propre rôle, mais fictionnalisé pour les besoins de l’intrigue. Les situations et les personnages sont tendus à l’extrême avec une justesse inouïe, révélant une grande maîtrise dramaturgique. Ces acteurs non professionnels bénéficient d’une direction bienveillante et fascinée, et s’expriment chacun dans leur dialecte avec naturel, sans récitation ni psalmodie.

Un scénario (presque) impeccable

Haingosoa se démarque des documentaires de Laterit Production par le choix d’une fiction bien construite et habilement menée. Les conflits entre les personnages échappent à tous les clichés du genre. La montée de la tension, la gestion des obstacles, le conflit des générations dans le rapport aux ancêtres et à la progéniture est abordé sans fard, tout comme les failles de l’héroïne derrière son courage. De ce fait, la brutale ellipse finale, inadmissible du point de vue dramaturgique, ne parvient pas à gâcher notre plaisir de spectateur, tellement l’immersion dans ce pays rude et beau dans sa diversité, aura été satisfaisant.

En conclusion : Haingosoa est-il un film malgache ?

Créée par des réalisateurs, Laterit Production distribue des films sur le Brésil, l’Afrique et les îles. Son dernier film, En route vers le milliard de Dieudo Hamadi parle des victimes de la Guerre des Six Jours de Kisangani (République Démocratique de Congo). On pourrait donc conclure que sa filmographie n’est que partiellement liée à Madagascar. De la même façon, Edouard Joubeaud est un réalisateur français, bien que connaisseur de Madagascar. Eh bien, force est de dire que la rencontre entre ces deux entités « étrangères » à la Grande Île a le mérite de déjouer les obstacles qui freinent l’éclosion d’une industrie du cinéma malgache. En cela, Haingosoa ouvre les portes de l’espoir.

© Culture Gasy

(Film toujours disponible en streaming payant chez Vimeo)

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